Ce jour est à marquer d'une pierre blanche, et lorsque je serai au crépuscule de mes années je pense que j'y songerai encore ..
Nous sommes allés à L'ICBF... avons été reçu par Mme Isabelle I qui gère notre dossier. Tout ceci a pu se produire grâce au concours de notre petite fée colombienne, j'ai nommé Elisabeth...
L'adoption c'est l'histoire d'une famille qui se crée, plus solide que le roc, de personnes qu'on laisse sur le bord de la route ( il est parfois difficile de comprendre les sentiments des parents adoptants qui sont très fragilisés par l'attente) et de rencontres...
La Colombie m'a fait le cadeau de plusieurs rencontres, avant de me faire l'ultime et le plus précieux, celui de me donner mes enfants.
La première rencontre ce fut Jeannette notre bien aimée traductrice, lien quasi ombilical avec la Colombie que nous ne connaissions pas alors ...
La seconde rencontre plus volcanique fut notre avocate Elisabeth et sa nichée Catalina et Jaime. S'exprimant dans un parfait Français, ce qui a mis Greg très l'aise dès le début ( il n'arrête pas de l'embêter), cette jeune femme et mère ( les deux me semblent indissociables chez elle) arbore une sacrée énergie. En France, on dirait d'elle qu'elle est "cool". Au bout d'une après midi passée avec elle, j'ai fait la réflexion suivante à Greg, celle d'avoir l'impression de la connaître depuis longtemps. Le contact, le fluide cela ne s'explique pas. Elisabeth sait mettre les gens à l'aise, elle comprend très bien presque d'une manière innée les inquiétudes de ces nouveau parents atypiques mais surtout elle aime son pays. Et elle le dit... Elle n'utilise jamais le superlatif lorsqu'elle en parle ce serait peut être à ses yeux prétentieux et son pays ne l'est pas ... Au contraire ses phrases sont courtes, les mots précis et le vocabulaire choisi minutieux... une ambassadrice hors pair.
Et puis ce qui me plaît le plus chez elle, c'est qu'après toutes les adoptions auxquelles elle a participé elle a encore la capacité à s'émouvoir, que chaque dossier est unique. Nous ne sommes d'ailleurs pas des dossiers pour elle, mais déjà des familles! Je sais que ce blog est très lu par le nombre de messages que je reçois: aussi je puis vous dire que le personnage de l'avocate est très important...
C'est donc stressés que ce lundi 9 août nous nous sommes rendus dans les locaux de l'ICBF attendus par la responsable de mon dossier... caressant l'espoir de connaître mon numéro sur liste d'attente. J'avais prévu de raconter plein de choses, de faire part de notre attente qui s'éternise pour moi, de montrer les photos de la chambre de Kaya et Pinto pour montrer l'aboutissement précis de notre projet, de raconter les repas faits avec Gloria... mais rien ne c'est passé comme je l'avais souhaité.
Dès l'arrivée le bâtiment est imposant; sa construction en briques ( matériau habituel à Bogotà) le rend toutefois imposant, je dirai presque noble. Une fois le parking franchi où Elisabeth décline son identité et nous annonce auprès de la responsable du service... nous arrivons au pied d'un curieux arbre.
Cet eucalyptus de 35 m environ m'a tout de suite attirée... avec lui on ne peut que s'élever et ne plus regarder le sol... l'avenir, le projet de vie en quelque sorte.
Au pied de ce colosse, un recoin aménagé avec une statue de la Vierge, endroit intime, intimiste presque utérin. Lorsque j'ai observé ce "ventre" je n'étais plus à même de penser, mes tempes bourdonnaient, j'avais de la peine à déglutir, ce qui ne présageait rien de bon.
Nous avons franchi un premier portique de sécurité puis sommes arrivés à l'étage convenu. Des bureaux modernes, Greg dira "à l'américaine", des personnes qui bossent sans arrêt, une fourmilière...
Lorsque Isabelle est arrivée au bout du couloir j'ai su que c'était elle... je l'ai quasi reconnue tant je l'avais imaginée... elle remplissait tous mes critères... mais surtout le premier d'entre eux; le sourire. Large, franc, généreux, celui d'une femme qui aime les enfants et par conséquent son travail. Sa poignée de main a été toute aussi directe et honnête...
Elle nous a fait rentrer, nous a invité à nous asseoir... et puis nous avons commencé à discuter... nos motivations, notre voyage, nos préparations, notre attente... elle nous a donné quelques précisions quant à notre dossier. Greg, manifestement très ému a souhaité la remercier pour tout ce qu'elle avait fait jusqu'ici... C'est à ce moment là que j'ai senti les larmes me monter aux yeux... un torrent que je ne pourrai pas retenir. Et là je n'ai plus pu dire un mot... j'ai pleuré jusqu'à la fin de l'entretien...
Isabelle nous a accompagné aux archives, a ouvert une large et lourde armoire et nous a montré notre dossier bien épais je vous l'assure. De loin j'ai revu passer en bribes nos années d'attente, l'écriture familière de ma mère, celle d'écolière de Josette, nos photos agencées avec amour, les pièces officielles... Tout est présent dans mon dossier prêt à être communiqué aux psy qui me feront maman...
L'ICBF est un établissement très sérieux et rigoureux quant à son organisation; le personnel d'une amabilité jamais rencontrée ( on nous a même proposé par deux fois de prendre un café en attendant Isabelle) Qui n'a jamais attendu en France sur le banc froid d'une administration, d'un hôpital ou d'un service de fonctionnaire ne peut pas me comprendre... qui n'a jamais croisé ( oui jamais car en France on ne vous regarde pas dans un couloir, on passe dans un couloir) le regard d'un agent de la fonction publique ne peut pas comprendre.
A l'ICBF tout est humanisé.
Dans les escaliers, je continuais de pleurer, le trop plein d'émotions sans doute... J'ai craint qu'Elisabeth n'interprète mal mon comportement; il n'en a rien été, elle avait tout compris sans que j'ai le besoin de préciser le moindre mot. Parler parfois semble inutile...
Avant de partir nous nous sommes rendus dans une crèche pour enfants défavorisés: les 48 enfants étaient gérés par deux dames.
J'ai encore en mémoire le visage d'une petite fille, que j'aurais bien faite mienne... les yeux d'un noir absolu, la tignasse nouée, le nez bouché qui coulait, elle m'a touché la main et à cet intant j'ai ressenti quelque chose d'inexplicable que je ne peux même pas tenter de verbaliser ici tant les larmes viennent...
Greg a semblé très ému par une paire de jumelles, brunes, aux traits fins, le teint pâle; il m'en parle d'ailleurs encore très souvent... et se plait même à dire "mes" jumelles comme s'il avait été le seul à les voir....
La recherche de la parentalité, pour nous au bout du monde, est quelque chose de perturbant mais au combien enrichissant..
La transition a été brutale puisque nous étions invités à manger à midi chez Jeannette, Gloria avait une fois de plus mis les petits plats dans les grands et choisi un menu somptueux...













